L’anthropologie judiciaire au coeur de CSI: l'expérience

3 août 2017 | Marion Spee

Quand on retrouve un cadavre, des policiers et scientifiques sont envoyés sur place, et généralement, un médecin légiste pratique une autopsie pour découvrir de qui il s’agit et décrypter les circonstances de la mort. Mais quand la décomposition est trop avancée (comme dans la scène Un os à ronger de l'exposition) c’est l’anthropologue judiciaire qui entre en scène.

Sa job, c’est de trouver l’identité de la personne qui gît là à l’état squelettique – potentiellement depuis longtemps! Devant un squelette, complet ou pas, ce ne sont pas les questions qui manquent. S’agit-il d’une femme ou d’un homme? De quel âge? De quelle taille? De quelle origine ethnique? Depuis combien de temps est-il/elle ici? A quel âge est-il/elle morte? S’agit-il d’un suicide, d’un bandit abattu lors d’un règlement de compte, d’une malheureuse victime d’un tueur fou, ou encore d’un individu ayant succombé à une infection des siècles auparavant?

CSI

Source: Wikicommons

Une fois que l’expert est certain qu’il s’agit bien d’os humain (et non animal), c’est parti, il doit établir le profil biologique du défunt. Faire parler les os, voilà l’objectif.

Règle numéro 1 : prendre son temps pour ne rien laisser passer, tout inspecter, ne rien détériorer. Chaque indice compte pour reconstituer le puzzle. Ensuite, c’est une série de déductions, de comparaisons qui permettent de redonner un nom à ces os… et de découvrir pourquoi ils sont là.

Pour connaitre l’âge du mort, l’anthropologue judiciaire examine l’usure des dents, le degré de fermeture des sutures crâniennes ou encore la morphologie de certaines surfaces du bassin ou des côtes. Pour la détermination du sexe, le crâne et le bassin sont de précieux indices. La quantité de tissu qui entoure les os est un signe de l’état de décomposition et donc de la date relative de la mort. Il faut savoir que les organes internes (cœur, poumon, etc) et le cerveau se décomposent plus vite que le tissu conjonctif (par exemple le tissu adipeux – le bon vieux gras). Autrement dit, s’il reste des bouts de cerveau… c’est probablement que le défunt était encore en vie peu de temps auparavant.

Mais ça n’est pas tout ce peuvent dévoiler les os, l’usure de certains peut permettre de déterminer si la personne retrouvée sans vie était gauchère ou droitière, ou si des mouvements précis étaient privilégiés – révélateurs d’une activité (comme chez les danseurs/danseuses, par exemple, chez qui certains os des pieds sont usés ou déformés). Les rainures et les cavités des os du bassin peuvent indiquer le traumatisme subi par une femme lors de son accouchement.

En plus d’une analyse visuelle méticuleuse, les anthropologues judiciaires peuvent procéder à des radiographies ou des analyses ADN pour en savoir plus sur d’éventuelles pathologies (arthrose, maladies infectieuses, carences alimentaires, maladies génétiques), des traumatismes, ou des traitements chirurgicaux.

Lab

Source: Wikicommons

L’autre volet – en plus de déterminer le profil biologique du défunt – c’est d’en savoir plus sur les circonstances de sa mort. Là aussi, le squelette est une mine d’information : l’angle des plaies sur les os peut indiquer si le tueur était gaucher ou droitier, la profondeur des plaies peut informer de sa force et de sa taille, la forme des traces incrustées dans les os peuvent révéler de quelle arme il s’agit, etc. À moins que la responsable soit une maladie.

Grâce à ce domaine d’expertise, les scientifiques ont par exemple trouvé que plusieurs milliers de soldats de l’armée de Napoléon n’étaient pas morts sous les coups de l’armée russe, mais à cause du froid et du typhus. Et parfois, le squelette et son histoire sont encore plus vieux… en 1996, des ouvriers ont mandaté pour des travaux d’excavation dans le sous-sol d’un logement de Rosemont, à Montréal. Jusque-là, rien d’anormal. Mais voilà qu’ils sont tombent sur un squelette… et deux perles de cuivre, qui s’avéraient dater de l’an mille environ ! Plus tard, des artéfacts ont été retrouvés sur place : des tessons de vase, un fragment de tuyau de pipe, etc. Le tout indiquant l’éventuelle présence d’un village amérindien, là, dans le secteur du bâtiment fouillé. L’analyse du squelette a révélé qu’il s’agissait de celui d’une femme, de petite taille, présente ici avant la construction de l’édifice. Elle était d’origine amérindienne et présentait des caractères mongoloïdes. Son squelette datait d’environ 500 – 1000 ans. Pas de trace de traumatisme, il s’agissait a priori d’une mort naturelle.

 

CSI l'expérience est à l'affiche jusqu'au 4 septembre. Pour vous procurer des billets, cliquez ici

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