Le génie à la manière autochtone

5 octobre 2017 | Marion Spee

Quand ils le croisent dans la rue à Kanesatake, près d’Oka, au nord-ouest de Montréal, les gens l’appellent « docteur ». Ils sont contents de le voir, fiers de son accomplissement. Ils le considèrent comme un modèle : Duncan Cree est le premier Autochtone du Canada à avoir obtenu un doctorat en génie mécanique. Pour l’instant il est encore le seul, mais peut-être est-il en train d’ouvrir la voie ? Dès qu’il en a l’occasion en tout cas, il demande autour de lui si un Autochtone fait un doctorat en génie. Il guette ça de près.

« Au début, je voulais faire comme mon père et devenir mécanicien automobile », raconte l’universitaire. Mais le directeur de son école secondaire avait repéré son potentiel et lui a plutôt suggéré d’aller au collège étudier la mécanique d’avion. C’est ce qu’il a fait. Puis il a poursuivi à l’université en optant pour le génie mécanique.

Sa spécialité, aujourd’hui, c’est la science des matériaux. Il travaille à plus de 3 000 km de chez lui, à l’Université de la Saskatchewan, pour développer des matériaux durables et résistants en ayant recours, par exemple, à des composites comme des fibres naturelles combinées à des résines. Le terrain de jeu est vaste : ces matériaux pourraient entrer dans la composition de constituants d’avions (comme les sièges), de bateaux, de trains, de planches de ski ou encore d’éléments de bâtiment. En ce moment, il planche sur des matériaux pour fabriquer des tuiles de toitures.

Une démarche scientifique inspirée par la culture

« Parfois, quand je reviens dans la communauté, certains pensent que j’ai eu un comme un lavage de cerveau. Mais ce n’est pas parce que j’ai fait de grandes études que j’ai changé, que je suis devenu une personne différente, une personne non autochtone. Pas du tout ! », martèle Duncan Cree.

Au contraire, ses racines se manifestent dans son travail d’ingénieur. Sa devise est simple et il la suit depuis son enfance : protéger la Terre, la Nature si précieuse, si nourricière et si inspirante. Ce qui implique de bâtir un avenir plus écologique : « Je souhaite que les matériaux qu’on développe soient durables et respectueux de l’environnement », assure le scientifique.

Dans la vie comme dans son travail, Duncan Cree a l’habitude de dire que quand on est face à un problème, il faut essayer de trouver la meilleure approche, le meilleur chemin pour le résoudre. Pour ça il faut essayer, se tromper, persévérer, jusqu’à parvenir enfin à trouver la solution. « C’est comme ça qu’ils faisaient avant », rappelle-t-il fièrement. Ce principe d’essai-erreur, cette expérimentation est au cœur du processus d’innovation autochtone : c’en est même l’un des principes fondamentaux. Et c’est aussi exactement ça, la démarche scientifique. « Ils n’appelaient pas ça comme ça, ‘la démarche scientifique’ mais c’est pourtant bien ce qu’ils faisaient », s’amuse le chercheur, en mentionnant que les Autochtones parlaient plutôt d’essai-erreur.

Il a suivi cette voie. Et tous les jours, il applique ce principe dans le but de créer des objets plus respectueux de l’environnement.

Duncan Cree est l’un des porteurs de savoir présentés dans l’exposition Génie autochtone : des inventions toujours actuelles,  à l'affiche au Centre des sciences de Montréal dès le 12 octobre.

Génie autochtone: des inventions toujours actuelles

 

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