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Les extrêmophiles : des mini-superhéros

Aline Zimmerma…

Des êtres capables de survivre dans l'eau bouillante, de s’épanouir dans un froid polaire, ou de faire une petite balade dans le vide spatial sans combinaison. Science-fiction ? Pas du tout ! Bienvenue dans le monde fascinant des extrêmophiles.

Les extrêmophiles ne font pas que tolérer ces conditions extrêmes : ils s’y épanouissent ! Le mot "extrême" est en fait basé sur notre point de vue : pour ces organismes, ces conditions sont tout à fait normales. La grande majorité des organismes qui prospèrent dans ces conditions sont de très petite taille, comme les bactéries, les amibes et nos petits chouchous : les tardigrades. 

 

Le champion toutes catégories : le tardigrade

S’il y avait un concours de popularité parmi les êtres supportant des conditions extrêmes, les tardigrades remporteraient la médaille d’or. Si la plupart de tardigrades ne sont pas strictement considérés comme des extrêmophiles (car ils ont besoin de conditions assez douces pour grandir et se reproduire), ils sont tout de même parmi les organismes les plus résistants de notre planète.

tardigrade

Tardigarde adulte. Crédits : Chloé Savard (@tardibabe)

Ces petits animaux, au corps long et potelé, possèdent généralement 2 yeux et 8 pattes munies de griffes. Surnommés affectueusement « oursons d’eau » ou « cochons de mousse », ces minuscules animaux font habituellement moins d'un millimètre. On peut les voir presque partout sur la Terre : des sommets des plus hautes montagnes aux profondeurs des océans, et probablement aussi dans la mousse de ton jardin ! Ils sont principalement aquatiques, mais ils peuvent vivre aussi dans les déserts. Comment est-ce possible ?

En plus d’être mignons, les tardigrades possèdent un superpouvoir : la cryptobiose. Quand les conditions deviennent mortelles (sécheresse extrême, par exemple), ils se ratatinent en petites boules sèches, mettent leur métabolisme sur "pause" et deviennent presque indestructibles. Ils peuvent ainsi attendre que les bonnes conditions reviennent pendant des décennies ! Pour « revenir en vie », il suffit d’un peu d’eau et, dans quelques minutes ou quelques heures, ils sont comme neufs !

En raison de leur endurance exceptionnelle dans cet état particulier, les scientifiques les ont soumis à toutes sortes d’épreuves :

Froid polaire : certaines espèces tolèrent des températures jusqu'à -272,8°C (c’est proche de la plus basse température possible, le zéro absolu !).

Chaleur infernale : il y a des espèces qui tiennent le coup à 150°C (au moins pendant quelques minutes).

Voyage spatial : il y a même des tardigrades qui peuvent survivre au vide de l'espace et aux radiations cosmiques ! Qui dit mieux ?

Pour un rare aperçu dans le monde des tardigrades, n’hésite pas à suivre @tardibabe pour te régaler avec ses images microscopiques spectaculaires :

D’autres champions des extrêmes

Le tardigrade n’est pas le seul être vivant à supporter de telles conditions. D’autres organismes peuvent survivre et même prospérer dans des endroits où la vie semble impossible pour nous. 

On a découvert dans le pergélisol (sol gelé en permanence) de l’Arctique canadien une bactérie nommée Planococcus halocryophilus. Si les tardigrades peuvent utiliser la cryptobiose pour tolérer des conditions glaciales, c’est quand même cette bactérie qui détient le record du monde de la pleine vie au froid. Elle n’est pas seulement capable de survivre à de très basses températures, elle est capable de se développer et de se reproduire à une température de -­15 °C et de rester active jusqu’à ­25 °C ! Elle intéresse beaucoup les astrobiologistes qui imaginent la vie possible dans les océans des lunes glacées de Jupiter. 

Planococcus halocryophilus s’épanouie dans le sol salé et froid ! Crédits : Nadia C. S. Mykytczuk, Simon J. Foote, Chris R. Omelon, Gordon Southam, Charles W. Greer & Lyle G. Whyte

Plus loin, dans les Andes chiliennes, on trouve Scutiglypha cabrolae. Ce petit organisme vit dans le lac du cratère d'un volcan à près de 6 000 mètres d'altitude. Là-haut, l'air est rare, les UV sont brûlants et les températures varient énormément. C'est l'un des environnements terrestres qui ressemble le plus... aux anciens lacs de la planète Mars !

L’amibe Scutiglypha cabrolae est capable de prospérer dans le plus haut lac au monde ! Crédits : Willem H. De Smet & John A. E.-Gibson

À l’autre bout du monde, sur la côte des iles japonaises d’Okinawa, on peut observer Oceanobacillus iheyensis. Cette bactérie vit à plus de 1 000 mètres sous la mer, dans des sédiments sous-marins. Dans ce milieu, les sédiments ont un pH très bas, la pression est élevée et le niveau de sel est très haut. Cet environnement fait penser à ceux qui se trouvent sur d’autres corps célestes, tels que Enceladus, l’une des lunes de Saturne ! 

Pourquoi étudier ces « superhéros » de la résilience ?

Ces créatures ne sont pas seulement des curiosités de la nature. Les étudier est la clé pour comprendre l'apparition de la vie sur Terre, mais surtout pour la chercher ailleurs dans l’Univers.

Si la vie peut pospérer dans un volcan, dans la glace éternelle ou sous des radiations intenses ici sur Terre, pourquoi ne pourrait-elle pas exister sur d’autres planètes ? Les extrêmophiles nous apprennent une leçon importante : la vie peut s’épanouir sous des formes bien plus différentes de ce que nous connaissons habituellement !

Envie d’en apprendre plus sur ces extrêmophiles et sur la recherche de vie dans l’Univers ? Viens découvrir notre toute nouvelle exposition Signes de vie qui est entièrement dédiée à cette quête passionnante. Vers l'infini, et plus loin encore !

Recherche et rédaction : Aline Zimmermann Maya Simões et Jordan Langlois

Références 

  • Sadowska-Bartosz, I., & Bartosz, G. (2024). Antioxidant Defense in the Toughest Animals on the Earth: Its Contribution to the Extreme Resistance of Tardigrades. International Journal of Molecular Sciences, 25(15), 8393. https://doi.org/10.3390/ijms25158393 

  • De Smet, W. H., & Gibson, J. A. E. (2009). On a new species of euglyphid testate amoeba, Scutiglypha cabrolae, from the Licancabur Caldera Lake, Central Andes. *Acta Protozoologica*, 48(2), 119– 126. https://www.researchgate.net/publication/235767574  

  • Cabrol, N. A., Grin, E. A., McKay, C. P., Friedmann, I., Chong Diaz, G., Demergasso, C., Kisse, K., Grigorszky, I., Ocampo Friedmann, R., & Hock, A. (2003). The Licancabur Project: Exploring the limits of life in the highest lake on Earth as an analog to Martian paleolakes. *Lunar and Planetary Science XXXIV*. https://www.researchgate.net/publication/23815088  

  • Mykytczuk, N. C., Foote, S. J., Omelon, C. R., Southam, G., Greer, C. W., & Whyte, L. G. (2013). Bacterial growth at -15 °C; molecular insights from the permafrost bacterium Planococcus halocryophilus Or1. The ISME journal7(6), 1211–1226. https://doi.org/10.1038/ismej.2013.8

Aline Zimmermann Maya Simoes
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Aline est chargée à la recherche et vulgarisation au Centre des Sciences. Elle est passionnée par les sciences, les musées et les expériences interactives géniales (et aussi les chauves-souris et les araignées!).