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BEATRIX BEISNER, la voix de l'eau

2 février 2021 | Valérie Demers

Dans le cadre de l’événement Femmes et filles de science, présenté par l’UQAM, dont l’édition virtuelle se déroule du 1er au 11 février, nous amorçons la publication de portraits de femmes inspirantes en sciences et technologies.

En voyant apparaître Beatrix Beisner pour cette entrevue, on remarque toute de suite les traces des lunettes de natation qui marquent son visage. La professeure de l’UQÀM et directrice du GRIL (Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique) a déjà quelques longueurs à son actif ce matin !

 

Plongez dans un lac en été !

D’ailleurs, lorsque vous plongez dans un lac en pleine canicule, que remarquez-vous ? Oui, bien sûr, l’eau du fond est plus froide que celle de la surface ! Vous venez de plonger dans une « colonne d’eau ».

Il s’agit du milieu d’étude de prédilection de Beatrix, récipiendaire du prix Acfas Michel-Jurdant 2019 pour les sciences de l’environnement, dont les recherches concernent la santé des cours d’eau et la compréhension des facteurs qui affectent la biodiversité en milieu aquatique.

Un écosystème qui prédit l’avenir ?

Toute scientifique vous le dira, en science, créer des situations expérimentales pour tester des hypothèses est chose usuelle. Ainsi, pour étudier la colonne d’eau d’un lac, on doit isoler une partie de l’eau dans un mésocosme. C’est un peu comme si l’on plongeait à la verticale un immense tube en plastique de 10 mètres de longueur dans le lac. Dans le tube, on « capture » une partie de l’eau du lac et il est possible de modifier artificiellement certains paramètres, comme la lumière ou la température.

« Ce qu’il y a d’intéressant dans l’étude du milieu aquatique, ce sont les cycles de population complets à très courtes échéances : quelques jours seulement pour le phytoplancton et trois à quatre semaines pour le zooplancton. » 

Cet « écosystème modèle » très rapide constitue un avantage lorsqu’il s’agit de comprendre les interactions entre les espèces, dont certains aspects se produisent tout autant en milieu aquatique que dans d’autres milieux où les cycles de populations peuvent prendre des centaines d’années, comme en forêt par exemple.

Beatrix

Mésocosmes expérimentaux installés par Mme Beisner et son équipe dans le lac Croche (Station de biologie des Laurentides à Saint-Hippolyte)

Mélanger le chaud et le froid, mauvaise idée !

Si Beatrix n’avait pas la volonté avouée de changer le monde en se dédiant à la science, force est d’admettre que ses recherches ont une indéniable contribution sociale.

En effet, elle et son équipe de recherche sont en voie de nous en apprendre beaucoup sur les impacts des changements climatiques. Ceux-ci, en générant des orages plus violents, ont pour effet de « mélanger » l’eau des lacs et ainsi, d’amoindrir la stratification thermique qui vous surprend lorsque vous plongez dans le lac. Et plus de mélanges de températures, c’est souvent moins de biodiversité biologique.

Femme de science

Pour la jeune Beatrix, qui aimait tout à la fois la musique, les études littéraires, l’histoire et la biologie, le choix d’un domaine scientifique a reposé sur un professeur qui faisait les choses différemment, en mettant l’accent sur l’apprentissage par problème. Combinée à une participation au club de plein air, il n’en fallait pas plus à Beatrix pour tomber en amour avec la nature et avoir envie de mieux connaître ses différents écosystèmes, sa manière de jouer son rôle devant la crise écologique.

C’est en prenant conscience qu’en quatre ans de baccalauréat, trois cours seulement lui ont été enseignés par des femmes que Beatrix décide d’être un exemple et de poursuivre des études de second et de troisième cycle universitaires.

Lorsqu’on demande à Beatrix Beisner pourquoi les femmes devraient être plus nombreuses en science, elle affirme sans hésiter : « les femmes y amènent souvent des perspectives différentes et des niches d’expertises très pointues dont nous avons besoin ».

Voilà un argument qui « coule » bien !

 

Valérie Demers
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On dit de certaines personnes qu’elles sont de véritables couteaux suisses. C’est le cas de Valérie Demers, bachelière bidisciplinaire en histoire de l’art et en sciences sociales et titulaire d’une maîtrise en sciences de l’environnement. Prêtant tour à tour sa plume, sa caméra et sa lentille à des passionnés d’humain et de savoir, elle se perçoit avant tout comme une autodidacte sensible dotée d’un sens esthétique aigu.

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