Aller au contenu principal

DANSE, ROBOT, DANSE !

21 juillet 2021 | Laura Martinez

Un microrobot de haut calibre vient d’être installé au cœur de l’exposition Explore du Centre des sciences de Montréal. Inventé par l’entreprise montréalaise Mecademic Robotics, ce robot industriel de haute précision est le plus petit du genre au monde. Rencontre avec l’équipe de Mecademic, dont le professeur de l'École de technologie supérieure à Montréal, Ilian Bonev.

Protégé d’une vitrine carrée aux arêtes vert pomme, le microrobot industriel a une manière bien particulière d’interagir avec le visiteur. Il danse ! Et sa chorégraphie, c’est le visiteur qui la crée en choisissant et plaçant devant lui six blocs colorés décrivant des mouvements de danse ou des expressions faciales. C’est parti, le petit robot baisse la tête, l’oscille, part à droite, à gauche, fait un « Oh » d’étonnement puis sourit avant de s’immobiliser. 

« Récemment, mon fils étudiait les sinus, les cosinus, les triangles, etc. Et il se demandait ‘À quoi ça sert ?’ […] Et bien ça sert à faire fonctionner des robots comme celui-là ! » raconte le professeur de robotique, Ilian Bonev.

Léger, compact et précis

Conçu, fabriqué et assemblé à Montréal, le robot vedette de Mecademic, nommé Meca500, a la même fonction que les autres bras robots à six axes (six articulations motorisées), soit de déplacer des objets dans l’espace. En fonction de l’outil installé au bout de son bras, celui-ci peut insérer des pièces, faire de l’assemblage, souder, etc., explique Ilian Bonev, qui a cofondé Mecademic avec son ancien étudiant à la maîtrise Jonathan Coulombe.

Mais contrairement aux autres robots, le Meca500 est léger (4,5 kg), compact (on peut ranger le système au complet dans une mallette) et précis (plus ou moins 5 micromètres, soit une erreur de mesure 10 fois plus petite que l’épaisseur d’un cheveu). En plus, il est abordable et simple à utiliser, affirme le professeur.

Installés à chaque articulation du robot, des réducteurs de vitesse ultra petits permettent de faire pivoter ses articulations 100 fois moins vite que la rotation de ses moteurs. « Il y a 15 ans ça n’existait pas des réducteurs de vitesse si petits et si précis. C’est grâce entre autres à ces réducteurs qu’on a pu créer quelque chose de très compact et très précis », affirme Ilian Bonev. Alors que les autres robots industriels utilisent un gros contrôleur comme un ordinateur pour faire les calculs, le Meca500 utilise un tout petit contrôleur installé dans sa base. « Non seulement le robot est petit, mais tout le système est très compact », continue celui-ci.

Son seul désavantage : être limité par le poids de l’objet à déplacer, soit 500 grammes environ, d’où le 500 de Meca500, explique le professeur.

Alexandre Chartier-Pérusse
L’ingénieur d’application de Mecademic, Alexandre Chartier-Pérusse, fait partie de la vingtaine de salariés de l’entreprise montréalaise. Photo : Laura Martinez

De robot éducationnel à robot exceptionnel

À sa création en 2013, l’entreprise montréalaise se dédiait au développement de robots éducationnels, d’où son nom Mecademic combinant « mécanique » et « académique ». Mais vite, les deux fondateurs, Ilian Bonev et Jonathan Coulombe, comprennent qu’il serait plus rentable de développer également des robots industriels.

« Jonathan m’a dit : ‘Moi, mon rêve, ça a toujours été de construire un bras à six axes parfait’ », se rappelle le professeur. Deux ans plus tard, l'entreprise crée une première version du Meca500, qu’ils mettent sur YouTube. « Tout à coup, c’est devenu une sensation ! », se rappelle Ilian Bonev.

Aujourd’hui, les robots Mecademic ont été vendus dans plus de 33 pays, notamment à des industries pharmaceutiques, de téléphonie, d’électronique et d’impression 3D. Le Meca500 est même au cœur d’un projet de recherche de la NASA, qui développe des outils permettant d'échantillonner et manipuler des particules extraterrestres microscopiques !

Un trésor d’ingénierie au Centre des sciences

Le Meca500 est un robot dont seuls les mouvements de base sont programmés. Pour qu’il réalise des tâches comme danser, il faut que l’ordre vienne de l’extérieur, généralement d’un type particulier d’ordinateur, appelé automate programmable, explique le professeur d’origine bulgare. En gros, Mecademic fournit le robot, puis le client s’occupe de son intégration.

Au Centre des sciences, c’est la firme TKNL, engagée pour réaliser l’exposition Explore, qui s’est chargée, entre autres, du look du petit robot, dont son écran aux grands yeux, et de la programmation de ses mouvements de danse. Mais d’ailleurs comment les mouvements dessinés sur les blocs colorés sont-ils envoyés au robot ?

« C’est [grâce à l’] optique. Il y a une caméra qui visualise la combinaison des deux couleurs de chaque bloc placé devant le robot. À chaque combinaison de couleurs est attribuée une action, qui est transmise au robot qui l’exécute », explique le programmeur indépendant engagé par TKNL, Jean-Maxime Couillard, à l’origine du système. « De mon côté, je me suis chargé de coder chacune de ces actions », ajoute lors de l’appel vidéo le programmeur multimédia de TKNL, Frédéric-Daniel Plourde.

« Les robots deviennent de plus en plus présents dans nos vies. Apprendre à programmer et à interagir avec eux va devenir une compétence importante. On espère que présenter notre robot aux jeunes de manière amusante [au Centre des sciences] les encouragera à s’intéresser au domaine de la robotique », explique la directrice du marketing à Mecademic, Leila Kayali.

« C’est un robot de haut calibre. C’est assez exceptionnel de l’avoir et de le rendre accessible au grand public », affirme Élisabeth Monast Moreau, chargée de projet ayant travaillé sur l’exposition Explore. De leur côté, les membres de l'équipe de Mecademic, ont bien hâte de faire interagir le robot avec leurs enfants !

 

Laura Martinez
Profile picture for user Laura Martinez

Texte et photos par Laura Martinez

Mordue de science et d’aventures, Laura a passé plus de dix ans à étudier les fonds marins. C’est même la spécialiste des coups de soleil sur les baleines! Depuis 2017, cette docteure en biologie partage son temps entre la recherche en Arctique, le journalisme scientifique et différents projets de vulgarisation scientifique. Ne ratez pas ses autres billets de blogue !   

Catégories