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L’ingéniosité des peuples autochtones

21 juin 2021 | Laura Martinez

En s’inspirant de la nature, les peuples autochtones sont à l’origine de nombreuses innovations, dont plus d’une trentaine sont présentées dans l’exposition Génie autochtone, actuellement en tournée au Canada. Découvrez ou redécouvrez la science derrière deux de ces innovations : le système vestimentaire multicouche et le maïs.

« C’est la nature qui te donne, c’est elle qui t’enseigne », raconte le porteur de savoir Innu, Jean St-Onge, lors de l’inauguration en 2017 de l’exposition Génie autochtone au Centre des sciences de Montréal. « Si l’enfant écoute, regarde, pose des questions, il va assimiler [le savoir] comme il faut », ajoute sa fille, Shana St-Onge, qui a collaboré avec son père à l’exposition.

Observer la nature, écouter les porteurs de savoir, expérimenter les connaissances acquises puis les transmettre à son tour, voilà les quatre étapes à l’origine de l’innovation du savoir autochtone puis de sa transmission de génération en génération.

Le système vestimentaire multicouche

Tous les amateurs de plein air le savent : le secret pour rester au chaud et confortable lorsque l’on est actif en plein air, c’est le système multicouche. Ce que plusieurs ne savent probablement pas est que ce système aurait été inventé il y a des milliers d’années.

Étroitement liées à leur environnement, les innovations autochtones sont inspirées de la nature. En observant que la fourrure épaisse de certains animaux arctiques les protège du froid, les Inuit se sont confectionné des vêtements de fourrure. Tout comme les mammifères qui multiplient les couches isolantes, généralement une couche de gras sous une couverture de poils, les Inuit ont superposé leurs vêtements.

Pour braver le froid arctique, les chasseurs inuit portaient une première couche en fourrure de caribou avec le poil orienté vers l’intérieur. Pourquoi? Parce qu’en emprisonnant l’air, qui est un excellent isolant thermique, entre leur peau et celle du caribou, les chasseurs étaient protégés du froid. D’autant plus que les poils creux et remplis d’air des caribous font de leur fourrure un matériau super isolant. Sachant qu’une isolation efficace permet de réduire les pertes de chaleur, les chasseurs restaient au chaud.

La deuxième couche de fourrure, cette fois-ci avec les poils dirigés vers l’extérieur, empêchait la neige de mouiller leurs vêtements. Comme les poils de mammifères sont composés de kératine, une protéine fibreuse et insoluble dans l’eau, cette deuxième couche était un vrai imperméable.

Aujourd’hui, les vêtements synthétiques ont largement remplacé ceux d’origine animale. Mais le système vestimentaire multicouche reste la norme pour braver les conditions extrêmes.

Le maïs

Maïs grillé, maïs soufflé, maïs en salade, sans oublier le maïs bouilli servi lors de la traditionnelle épluchette de blé d’Inde. Rares sont ceux qui ne connaissent pas cette céréale aux hautes tiges et grandes feuilles vertes. Mais saviez-vous que le maïs n’a jamais existé à l’état sauvage?

Le maïs est le résultat de milliers d’années de sélection des meilleurs grains de son ancêtre la téosinte, une plante endémique du Mexique. Proche génétiquement du maïs, la téosinte lui ressemble peu. Par exemple, chaque épi ne contient que quelques grains. En ne ressemant que les plus beaux et plus intéressants de ces grains, les premières civilisations en Amérique centrale développent la technique de sélection massale. D’année en année, la taille des épis grandit, le nombre de grains par épi augmente, ainsi que leur teneur en amidon, une molécule composée de glucoses, autrement dit de sucres.

En s’adaptant aux différentes conditions environnementales des nouvelles régions dans lesquelles la plante est cultivée, de nouvelles variétés sont créées. Les agriculteurs autochtones auraient planté côte à côte certaines de ces variétés pour favoriser leur fécondation croisée, nommée hybridation. Mais ce n’est qu’au début du XXe siècle que cette technique d’amélioration des plantes sera scientifiquement démontrée. Entre les mains des agriculteurs autochtones, le maïs s’est peu à peu transformé en une céréale, bien plus productive et nutritive que ses équivalents en Europe à l’époque de la colonisation. 

Sans oublier que ces innovations agricoles ont participé à la sédentarisation de nombreux peuples autochtones en Amérique. Par exemple, les villages iroquoiens pouvaient rassembler des milliers de personnes, qui survivaient l’hiver grâce à leurs récoltes. Et les Iroquois connaissaient le popcorn!

Sans la science et les innovations des peuples autochtones, le monde ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Alors êtes-vous prêt à observer la nature, écouter les porteurs de savoir, expérimenter les principes scientifiques des innovations autochtones et partager avec les autres votre expérience? Rendez-vous au musée Science Nord de Sudbury pour vivre l’aventure interactive Génie autochtone!

Sources

Laura Martinez
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Texte et photos par Laura Martinez

Mordue de science et d’aventures, Laura a passé plus de dix ans à étudier les fonds marins. C’est même la spécialiste des coups de soleil sur les baleines! Depuis 2017, cette docteure en biologie partage son temps entre la recherche en Arctique, le journalisme scientifique et différents projets de vulgarisation scientifique. Ne ratez pas ses autres billets de blogue !   

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