Aller au contenu principal

Se balader sur Mars : entrevue exclusive avec Farah Alibay

9 février 2021 | Valérie Demers

Dans le cadre de l’événement Femmes et filles de science, présenté par l’UQAM, dont l’édition virtuelle se déroule du 1er au 11 février, nous terminons la publication de portraits de femmes inspirantes en sciences et technologies avec Farah Alibay, ingénieure en aérospatiale à la NASA qui est au cœur de l’actualité scientifique.

Y a-t-il déjà eu de la vie sur Mars? C’est la question à laquelle tentera de répondre le robot Perseverance qui se posera sur la planète rouge le 18 février prochain. L’astrobiologie, soit le fait de chercher les traces d’une ancienne vie sur une planète, est au centre de la carrière de Farah Alibay, ingénieure en aérospatiale à la NASA, qui pilotera l’engin chargé de cette opération.

Un tout plus grand que la somme de ses parties

Vous imaginez un simple véhicule téléguidé ? Et bien, sachez qu’une équipe de 50 personnes est nécessaire pour guider Perseverance. « Il s’agit de la beauté de l’ingénierie ! En équipe, on peut faire plus que ce qu’on pourrait faire seul ! », nous dit Farah.

Que ceux qui veulent aller sur Mars lèvent la main !

Muni de microphones, d’un radar pour regarder sous la surface et d’une station météo, Perseverance effectuera un repérage en vue de préparer l’exploration humaine de la planète rouge.

Perseverance

Cette illustration montre le robot Perseverance qui utilise sa foreuse pour prélever un échantillon de roche sur Mars. Perseverance se posera sur la planète rouge le 18 février 2021. NASA/JPL-Caltech

La mission testera également le MOXIE (Mars Oxygen In-Situ Resource Utilization Experiment), un dispositif qui sert à extraire l’oxygène de certaines molécules présentes sur Mars. L’avantage ? Ne pas avoir à apporter ce gaz vital lors de futures explorations humaines.

Une enfance sous le signe de l’ingénierie

Petite, Farah cultivait déjà les intérêts nécessaires à l’exploration robotique : « Je ne comprenais pas exactement ce qu’était l’ingénierie, mais j’étais celle qui aidait son père à fabriquer la terrasse de la piscine et à changer la roue de la voiture ! », dit-elle. Visionner Apollo 13, à l’âge de 10 ans, a été le point tournant dans la vie de la jeune fille de Joliette.

Femme en exploration spatiale

Or, en ingénierie, le pourcentage de femmes ne dépasse guère plus de 30 %.

« Aux jeunes filles, la société ne dit pas “tu pourrais être astronaute ou ingénieure” ; elle conseille plutôt des métiers typiquement féminins. Il est pourtant crucial que nous atteignions 50 % de femmes en science et technologie ! » dit celle qui, enfant, devait choisir ses jouets dans les allées dédiées aux garçons.

Si Farah a longtemps souffert d’un sentiment de différence (d’avoir grandi à Joliette issue de la seule famille d’immigrants, ou alors, d’être une femme dans un milieu d’hommes), tout a basculé lorsqu’elle a décidé d’utiliser sa différence.

« J’ai de bonnes études, un doctorat du MIT de Boston… j’ai ma place ! ».

Farah cultive aujourd’hui cette différence, qui lui permet d’être remarquée pour son travail et d’approcher les problèmes sous un autre angle.

Chercher la vie dans le système solaire

Dans l’avenir, Farah aimerait faire partie de l’équipe qui analysera les échantillons martiens. Mais aussi, elle aimerait connaître d’autres environnements que Mars, comme les lunes de Saturne et de Jupiter, dont les océans laissent aussi présager de la vie.

« Si on trouve qu’il y a eu de la vie sur Mars, cela bouleversera complètement notre compréhension de l’humanité. Et d’en savoir plus sur cette forme de vie grâce aux échantillons que Perseverance va collecter, c’est très stimulant ! »

Avis aux intéressées : Farah souhaite vous avoir pour collègues !

Valérie Demers
Profile picture for user Valérie Demers

On dit de certaines personnes qu’elles sont de véritables couteaux suisses. C’est le cas de Valérie Demers, bachelière bidisciplinaire en histoire de l’art et en sciences sociales et titulaire d’une maîtrise en sciences de l’environnement. Prêtant tour à tour sa plume, sa caméra et sa lentille à des passionnés d’humain et de savoir, elle se perçoit avant tout comme une autodidacte sensible dotée d’un sens esthétique aigu.

Catégories