Aller au contenu principal

Houston? Ce n'est pas un problème! 3EME PARTIE

20 juillet 2018 | Sara Arsenault

Pour lire la première partie des aventures de Sara, c'est ici! 

Pour lire la deuxième partie des aventures de Sara, c'est ici!

Le matin de mon rendez-vous à la NASA, je décide de porter une robe neuve pour aller récupérer la roche lunaire. Un t-shirt, même spatial, n’est pas à la hauteur de l’événement. En chemin vers la NASA, j’appelle mon chum, ma meilleure amie, mes parents. Ils me disent de bien en profiter et me trouvent tous une drôle de voix. C’est clair, je suis surexcitée…

À l’accueil du Lyndon B. Johnson Space Center, mon hôte Jenny m’attend. Elle comprend parfaitement mon état d’esprit. Elle travaille à la NASA depuis dix ans et m’avoue qu’elle n’en revient toujours pas de la chance qu’elle a. Elle me remet mon badge où sont inscrits les numéros des édifices auxquels j’aurai accès. Les édifices #30 et #9, je les ai visités la veille, mais qu’est-ce qui m’attend au bâtiment #3? Et dans le #31? Mystère…

 

parking



Il n’y a pas de panneau comme ça à mon centre d’achats. 
 


Nous entreprenons notre journée en visitant le contrôle de mission de la Station spatiale internationale (ISS), dans le même édifice que celui d’Apollo (édifice #30). J’assiste à un coucher de soleil sur l’ISS. Magnifique. Devant moi, des contrôleurs échangent en direct avec les astronautes à bord de la Station.

Prochain arrêt : le Space Vehicle Mockup Facility (édifice #9). Cette fois, je ne le visite pas d’une passerelle, je suis sur le plancher où s’exercent des astronautes. On croit d’ailleurs, Jenny et moi, reconnaître David Saint-Jacques : on s’en approche en vain… il s’agit d’un de ses collègues. J’entre dans le cockpit de la navette spatiale et la capsule Soyouz. C’est minuscule, il ne faut pas être claustrophobe !

 

cockpit



Dans le siège du pilote de la navette spatiale, j’ai à nouveau 12 ans.
 


Le prochain édifice est le #3 qui s’avère être… la cafétéria. Même là, j’arrive à m’émouvoir. Parce que dîner à la NASA ce n’est pas banal. Ici, on peut croiser à tout moment quelqu’un qui a contribué à sauver les astronautes d’Apollo 13, contrôlé les premiers assemblages de l’ISS, ou écouté en direct l’interprétation de Space Oddity de Chris Hadfield.

L’après-midi, c'est le clou du voyage : l’édifice #31, nommé Astromaterial Research and Exploration Science. Je vais visiter le laboratoire des échantillons lunaires du programme Apollo! Je suis dans tous mes états. Tout le processus d’habillage en combinaison blanche et la décontamination dans la douche d’air ne font que décupler mon enthousiasme.

 

bunny



Porter une telle combinaison demande une certaine humilité...
 


Quelle splendeur ce labo! Chaque mission a son propre cabinet en acier inoxydable. Les roches lunaires sont conservées dans de l’azote purifié qui les isole de l’air terrestre. Seuls quelques échantillons sont disposés dans le laboratoire. Le reste des 382 kilogrammes de la collection est entreposé dans la Pristine Vault, construite pour résister aux ouragans et aux tornades. On m’offre d’y jeter un coup d’œil… Derrière l’immense porte de métal, je découvre des  carottes de sol lunaire conservées intactes : on n’ose même pas les toucher en attente d’une meilleure technologie pour en tirer le maximum d’informations. Les échantillons sont triplement scellés pour en assurer la pureté. J’ai l’impression d’être dans un des lieux les plus sécurisés au monde!

 

voute 1

 

 

voute 2

 

 

Voute 3



Les cabinets du laboratoire d’échantillons lunaires et de la Pristine Vault.

 

 

Vient finalement le moment d’accomplir ma mission. Montée sur un dôme d’acrylique, la roche lunaire préparée pour le Centre des sciences a la taille d’une gomme à effacer. Une pierre basaltique âgée de 3,8 milliards d’année. « Do you want to touch it? » me demande Jenny. Je ne me fais pas prier. WOW! JE TOUCHE LA LUNE! Je pense déjà aux futurs visiteurs du Centre des sciences : j’espère qu'ils vivront la même émotion que moi!

 

roche lunaire


Notre roche lunaire  accompagnée de figurines que m’ont confiées  mes enfants à mon départ. (Rassurez-vous : le Stormtrooper n’a pu s’emparer de la roche, je ne me suis pas laissée impressionner par son blaster.)
 

 

Après ce moment privilégié, Jenny me sort de ma rêverie et me rappelle que mon avion décolle bientôt. Elle me remet la roche, prête pour son transport. Je m’attends à une valise blindée, une boîte chromée, enfin quelque chose qui fasse un peu « NASA »… Elle me tend une boîte à lunch des plus banales! Voyant mon sourire incrédule, elle m’explique qu’il n’est pas question de placer l’échantillon dans une mallette noire attachée à mon poignet avec des menottes, histoire de ne pas attirer l’attention.

lunch



La discrète boîte de transport de la roche lunaire.
 


Durant tout le trajet du retour, je suis hyper-vigilante. Pas question de m’endormir, d’oublier la roche aux toilettes ni dans un taxi. Arrivée aux douanes canadiennes, on me demande, comme d’habitude, si j’ai quelque chose à déclarer. « Euh, je transporte une roche lunaire prêtée par la NASA »… Je peux vous assurer que le douanier ne l’attendait pas celle-là!

Cette étape franchie, j’apporte la roche lunaire directement au Centre des sciences pour la mettre en sécurité, même s’il est passé deux heures du matin.

Ma mission se termine, encore plus exceptionnelle que je ne me l’imaginais. Deux jours qui resteront gravés dans ma mémoire.  Je ne vous ai pas réellement décroché la Lune, chers visiteurs, mais j’espère que toucher cet échantillon unique dans la zone L’eau dans l’Univers saura allumer des étoiles dans vos yeux.

Sara Arsenault
Profile picture for user Sara Arsenault

Sara Arsenault travaille comme chargée de projets, développement et réalisation au Centre des sciences de Montréal. Elle détient un baccalauréat en anthropologie et une maîtrise en muséologie. Depuis l’enfance deux rêves l’habitent : devenir archéologue ou astronaute. Cette passion partagée demeure encore aujourd’hui. Sara œuvre depuis plus de 15 ans dans le domaine muséal passant avec joie d’institutions patrimoniales à des musées de sciences… et vice versa. Elle a posé ses valises au Centre des sciences en 2016 et compte y rester longtemps. Elle s’intéresse aussi aux météorites, à l’histoire du port de Montréal, au ping-pong et à la littérature.

Catégories